samedi 19 septembre 2026

John Maynard Keynes selon Heilbroner

 

Keynes était particulièrement brillant. Heilbroner le décrit comme étant un « phénomène » aux multiples talents et domaines d’intérêt. Il écrit que Marx s’est acharné au dix-neuvième siècle à démontrer que le capitalisme était voué à l’échec. Keynes, durant la première moitié du vingtième, a été, selon lui, l’architecte de sa viabilité et de sa capacité à se reconstruire.

Heilbroner réussit le tour de force de présenter en une quarantaine de pages la vie et la contribution de Keynes. Limitons-nous ici à référer à quelques faits saillants.

Plusieurs personnes de bon jugement, selon Roy Harrod son premier biographe, « … have declared that Keynes contributed more to winning the war (1914-1918) than any other person in public life. » page 257 Toutefois, comme d’autres, il a critiqué le Traité de Versailles puisqu’il portait les germes de ce qui deviendra la guerre mondiale de 1939-1945.

La Grande Dépression des années 1930 qui suivit « l’exubérance irrationnelle » de la deuxième moitié des années 1920 contribua vraisemblablement le plus à la pensée et à la notoriété de Keynes. Le modèle économique de base ne tenait plus. L’épargne étant disparue, comment stimuler une éventuelle reprise, en particulier l’investissement?

Dans sa « General Theory of Employment, Interest and Money », Keynes proposa les dépenses publiques comme levier. Il y a eu aux États-Unis un exemple d’effort à cet égard, bien qu’insuffisant, au début des années 1930. Finalement, l’effort de guerre apporta l’impulsion nécessaire à une expansion économique durable.  

À l’époque, l’idée d’utiliser la politique monétaire pour stimuler l’économie n’avait pas encore fait son chemin. Au contraire, la Réserve fédérale des États-Unis s’inquiétait davantage d’une résurgence de l’inflation que de la dégradation du marché de l’emploi (page 276).

Malgré sa santé déclinante, Keynes fut l’un des architectes du nouvel ordre économique mondial qui se dessina durant les derniers moments de la guerre mondiale de 1939-1945. À Bretton Woods, on jeta les bases du Fonds monétaire international (FMI), de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement, devenue plus tard la Banque mondiale, et du projet mort-né d’Organisation internationale du Commerce, dont on ne retenut pour quelques décennies que l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce, le GATT, devenu, depuis 1995, l’un des Accords de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC).

Dans son Histoire del’analyse économique, Joseph Aloys Schumpeter, lui comme d’autres d’ailleurs, critiqua la Théorie générale de Keynes :

« …on ne semble pas avoir réalisé combien son modèle était strictement un modèle de court terme et l’importance que revêt ce fait pour la structure d’ensemble et les résultats de la Théorie Générale. La restriction déterminante tient à ce que non seulement les fonctions et les méthodes de production ne sont pas soumises au changement, mais également la quantité et la qualité des installations. » (Tome 3, page 581)

Aux critiques de sa Théorie, Keynes offrit sa célèbre réplique « In the long run, we are all dead. »

Enfin, dans un texte publié en juin dernier par le FMI, Robert Skidelsky, biographe de Keynes, nous invite à revoir « Les enseignements de Keynes pour notre temps». Selon lui, « La philosophie morale de Keynes et son acceptation de l’incertitude peuvent guider l’économie, la finance et les marchés portés par l’IA d’aujourd’hui. »

 

Source : Heilbroner, Robert L. « The Worldly Philosophers - The Lives, Times, and Ideas of the Great Economic Thinkers ». 7ième édition révisée, Simon & Schuster, 1999. Pages 248 à 287.

 

dimanche 12 juillet 2026

Été 2026 : l'économie mondiale semble résiliente, malgré le contexte géopolitique

 Le FMI a publié le 8 juillet sa mise à jour des  Perspectives de l'économie mondiale . Son message principal : la croissance est encore au rendez-vous, bien que modeste et inégale selon les régions du monde. Elle est soutenue par les investissements en technologie (intelligence artificielle), ce qui vient compenser les conséquences ou les disruptions de la guerre au Moyen-Orient. Ses économistes y prévoient une croissance de 3,0 % du PIB mondial en 2026, et une progression de l'inflation plus forte qu'anticipée, soit 4,7 %. Un encadré des Perspectives porte sur la stabilité financière dans le monde. On y indique que « Les bons résultats des entreprises et la résilience de l'économie mondiale ont contribué à protéger le système financier des répercussions du conflit au Moyen-Orient.» 

dimanche 7 juin 2026

L'économie canadienne est-elle en récession?

 Il est trop tôt pour répondre à cette question, selon le Comité sur les cycles économiques de l'Institut  C.D. Howe. La baisse cumulative du PIB réel au cours des deux derniers trimestres (T4 de 2025 et T1 de 2026) est de très faible ampleur selon ce comité, et elle est sujette à révision. En examinant aussi la portée du ralentissement et l'évolution de l'emploi, un diagnostic de récession serait donc nettement prématuré.

Lien vers le rapport du Conseil sur les cycles économiques


jeudi 4 juin 2026

Coup d'oeil à l'économie mondiale, mai 2026

 En mai, l'économie mondiale a poursuivi son expansion, bien qu'à un rythme plutôt modeste, selon les résultats mensuels des enquêtes auprès des gestionnaires d'approvisionnement des entreprises (PMI).

Lien vers le communiqué du 3 juin de S&P Global

Par ailleurs, l'OCDE a publié le 3 juin ses plus récentes Perspectives économiques. Ses économistes ont révisé à la baisse leurs projections de croissance de l'économie mondiale, principalement en raison du contexte géopolitique. Le PIB mondial ne croîtrait que de 2,8 % en 2026, alors que leur estimation antérieure était à 3,4 %. 

mardi 2 juin 2026

Stabilité financière au Canada : état des lieux selon la Banque du Canada

 La Banque du Canada a publié, le 28 mai dernier, son « Rapport sur la stabilité financière ». 

Elle y indique que « Dans l’ensemble, le système financier canadien a bien fonctionné malgré une année difficile. La situation financière des ménages et des entreprises reste stable, et les banques ont renforcé leur capacité à absorber les chocs.

Certaines parties du système présentent toutefois des vulnérabilités accrues. Les valorisations des actions et des titres de créance des sociétés ont augmenté et sont élevées par rapport aux normes historiques. Cela rend les marchés plus vulnérables à une correction marquée. »

Pour plus de précisions sur l'évaluation annuelle de la Banque du système financier canadien cliquez sur : Rapport sur la stabilité financière

mardi 7 avril 2026

En mars dernier, ralentissement marqué de l'expansion de l'économie mondiale

 Les résultats des enquêtes mensuelles auprès des gestionnaires d'approvisionnement des entreprises (PMI) indiquent un net ralentissement de la progression de l'économie mondiale en mars par rapport aux mois précédents. Seule raison, sans surprise, la guerre au Moyen-Orient!

Lien vers le communiqué du 7 avril de S&P Global

Le FMI publiera le 14 avril ses « Perspectives de l'économie mondiale ». L'incertitude et la volatilité engendrées par le contexte géopolitique rendent, à ses économistes, la tâche de prévoir particulièrement difficile ces temps-ci.

mercredi 4 février 2026

Coup d'oeil à l'économie mondiale : février 2026

 L'économie mondiale a poursuivi son expansion en janvier dernier, selon les résultats des plus récentes enquêtes mensuelles auprès des gestionnaires d'approvisionnement des entreprises publiés par S&P Global le 4 février. La production, les nouvelles commandes et les emplois étaient de nouveau en progression le mois dernier.

Lien vers le communiqué de S&P Global

Rappelons qu'en janvier dernier, le FMI a révisé à la hausse sa prévision de croissance de l'économie mondiale en 2026 la faisant passer de 3,1 % à 3,3 %.

Lien vers la publication du 19 janvier du FMI

dimanche 14 décembre 2025

Une économie mondiale résiliente, malgré le protectionnisme américain et l'incertitude

 Tant l'OCDE que la Banque du Canada ont récemment souligné la résilience de l'économie mondiale en cette fin d'année 2025. Cette évaluation est corroborée par les résultats des plus récentes enquêtes mensuelles auprès des gestionnaires d'approvisionnement des entreprises (PMI). L'OCDE signale toutefois que l'économie mondiale est de plus en plus fragile pour diverses raisons.

Communiqué de la Banque du Canada du 10 décembre 2025 

Perspectives économiques de l'OCDE, 2 décembre 2025

J P Morgan Global Composite PMI, 3 décembre 2025


dimanche 10 août 2025

Les économistes peuvent-ils faire mieux?

Dans un article récent intitulé « Comment les économistes peuvent prétendre à nouveau jouer un rôle stratégique », Karen Dynan propose quatre actions pour y arriver :  « reconnaître ses erreurs et en tirer les enseignements, être à l’écoute des préoccupations des citoyens, respecter des normes d’intégrité des données et communiquer plus efficacement avec la classe politique et la population ». Ces moyens vont de soi, mais il semble important de les rappeler, ce que fait particulièrement bien Mme Dynan.

Voici, selon moi, trois exemples concrets d'améliorations possibles dans les communications des économistes : laisser tomber la définition dite technique de récession (au moins deux trimestres consécutifs de contraction du PIB réel) pour adopter celle reconnue par les spécialistes (baisse importante de l'activité en se basant sur sa durée, son ampleur et sa portée), cesser de parler de croissance négative quand il s'agit de diminution de l'activité économique, ne plus utiliser des données mensuelles ou trimestrielles annualisées.

Référence : FMI, Finance & Développement, Juin 2025

lundi 9 juin 2025

Coup d'oeil à l'économie mondiale, juin 2025

 Bien que modestement, l'économie mondiale était en expansion en mai dernier et ce, pour un 28ième mois consécutif, selon le J.P. Morgan Global Composite PMI publié le 5 juin par S&P Global.

En outre, l'OCDE prévoit une croissance réelle de 2,9 % du PIB mondial en 2025 et l'année suivante, soit un rythme de progression inférieur à celui de 2024 (3,3 %), selon ses plus récentes projections publiées le 3 juin. L'incertitude liée à la politique commerciale expliquerait ce ralentissement. Fin avril dernier, le FMI révisait, lui aussi, à la baisse ses prévisions pour cette année (2,8 %) et l'an prochain (3,0 %). Ses économistes signalent l'intensification de risques à la baisse.


mercredi 28 mai 2025

La stabilité financière au Canada et dans le monde

Au Canada, Le « Rapport sur la stabilité financière - 2025 »   a été publié le 8 mai par la banque centrale. En voici des extraits :  

« Au cours des 12 derniers mois, le niveau de la dette des ménages canadiens par rapport à leur revenu a baissé en moyenne, et le nombre de dossiers d’insolvabilité déposés par les entreprises a considérablement diminué. »

« Comme les ménages et les entreprises du Canada sont demeurés résilients dans l’ensemble, les institutions financières n’ont pas subi de tensions. Les banques canadiennes ont généralement maintenu des niveaux élevés de réserves de fonds propres et ont augmenté leurs provisions pour pertes sur créances. Les niveaux de liquidité sont restés élevés et l’accès au financement est demeuré solide. »

« Au début de 2025, la résilience du système financier s’était encore améliorée. Toutefois,



En outre, à la mi-avril dernier, le FMI résumait ainsi son rapport sur la stabilité financière dans le monde « Les risques qui pèsent sur la stabilité financière mondiale ont augmenté de façon significative, en raison du durcissement des conditions financières et de l’augmentation de l’incertitude sur les plans commercial et économique. »

Lien vers le « Rapport sur la stabilité financière dans le monde »

Risques accrus et incertitudes sont, sans surprises, les mots à retenir de ces rapports.  

dimanche 18 mai 2025

Schumpeter selon Heilbroner

 Robert L. Heilbroner présente Joseph A. Schumpeter (JAS) « …as one of the most imaginative of the worldly philosophers. ». Il en remet en ajoutant qu’il était certainement « …a great visionary… », malgré, parfois, ses contradictions.

Pour JAS, le capitalisme est dynamique et orienté vers la croissance. Une dépression ou une récession n’est qu’une douche froide. Contrairement à Keynes, il ne voit pas la nécessité de dépenses gouvernementales pour stimuler l’économie en période de ralentissement, sauf pour en atténuer ses bouleversements sociaux. 

JAS publie, à 27 ans, « The Theory of Economic Development ». Elle est devenue, selon Heilbroner, « …one of the most influencial interpretations of capitalism ever written. ». Il y met l’accent sur l’importance cruciale des entrepreneurs et de l’innovation dans le progrès économique.

La dépression économique des années 1930 aidant, JAS s’est intéressé aux cycles économiques. Il publie, en 1939, « Business Cycles », œuvre en deux tomes totalisant quelque mille pages. Il y identifie trois cycles : ceux de courte durée, ceux d’une durée de sept à onze ans et ceux d’une cinquantaine d’années. Selon lui, durant la Grande dépression, ces trois cycles ont atteint un creux accentué par l’absence de politiques économiques adéquates et par les répercussions de la Révolution russe.

En 1942, JAS publie « Capitalism, Socialism and Democraty » un livre qui a changé « … the way we think about the system », selon Heilbroner. JAS y envisage, entre autres, l’avenir du capitalisme. Il prévoit qu’il ne survivra pas, malgré ses succès. Selon lui, l’aventure entrepreneuriale va s’estomper pour des raisons sociologiques, et l’innovation va s’institutionnaliser et devenir routine. (Dans ses commentaires et aidé par le temps, Heilbroner n’hésite pas à remettre en question cette prédiction.)  C’est dans ce livre aussi que JAS présente clairement le phénomène de la « destruction créatrice » en économie.

Malgré l’importance de l’œuvre, Heilbroner n’écrit que quelques mots sur « Histoire de l’analyse économique » de JAS. Il la décrit tout de même ainsi : « …a magesterial survey of economic thought… ».

Dans l’Histoire et dans ses cours, JAS, modeste, ne dit mot quant à sa contribution à l’évolution de la pensée ou de l’analyse économiques, ce qui, semble-t-il, frustrait ses collègues et ses étudiants.

Enfin, ajoutons que voulant signifier l’importance de la contribution de Schumpeter, la revue The Economist a donné son nom à sa chronique hebdomadaire sur les affaires, où il est question, en particulier, d’entreprises innovantes.





 

Source : Heilbroner, Robert L. « The Worldly Philosophers - The Lives, Times, and Ideas of the Great Economic Thinkers ». 7ième édition révisée, Simon & Schuster, 1999. Pages 288 à 310.


samedi 8 février 2025

Coup d'oeil à l'économie mondiale, février 2025

 En janvier dernier, l'économie mondiale poursuivait son expansion, mais à un rythme moins soutenu qu'auparavant, selon les résultats des enquêtes auprès des gestionnaires d'approvisionnement (PMI), publiées le 5 février par J.P. Morgan et S&P Global. 

Selon Pierre-Olivier Gourinchas du FMI, l'économie mondiale devrait croître de 3,3 % cette année et en 2026, soit à un rythme semblable à son potentiel estimé. Il signale que « Même si les perspectives de la croissance mondiale restent globalement inchangées par rapport à octobre dernier, les disparités entre les pays s'accentuent. » 

Sans surprise, l'incertitude quant à l'évolution à court terme de l'économie mondiale demeure élevée à maints égards, en particulier sur le plan de la politique commerciale.

dimanche 8 septembre 2024

Adam Smith (1723-1790), selon Pauchant, Heilbroner et Schumpeter

 

Adam Smith est le « …. père fondateur de l’économie politique », selon Thierry C. Pauchant. « …Smith was much more than just an economist. He was a philosopher-psychologist-historian-sociologist who conceived a vision… », selon Robert L. Heilbroner. Il est le « … personnage le plus fameux de tous les économistes… », même si « l’économie n’était qu’une partie de son œuvre », selon Joseph A. Schumpeter.

Examinons ici de façon succincte ce que ces trois auteurs retiennent de particulier dans leur analyse des écrits de Smith.

Pauchant

Ce grand personnage serait « l’antidote ultime au capitalisme », selon Pauchant. Cet auteur insiste sur la falsification de la pensée de Smith par, entre autres, des intégristes du laissez-faire. Il met en évidence l’importance que Smith accorde à ce que l’économie offre des revenus ou des moyens de subsistance au peuple et de quoi rendre les citoyens capables de développer leurs talents, leurs projets et d’atteindre leurs objectifs personnels ou sociaux.

L’État est loin d’être exclu de la pensée de Smith : il préconise de lui donner des moyens suffisants d’assurer les services publics, services qui vont « … bien au-delà de la défense nationale et de l’administration de la justice. » Ce qu’il est convenu d’appeler de nos jours l’économie sociale occuperait une place de choix dans les écrits de Smith.

Aussi, Smith était « … résolument contre l’impérialisme, le colonialisme et l’esclavagisme. », toujours selon l’analyse de Pauchant.

Enfin, le « capabilisme », inspiré des écrits de Smith, retiendrait l’attention de bien des auteurs ces années-ci, dont Pauchant qui en fait un thème majeur de son essai.

Heilbroner

L’esprit de synthèse de Heilbroner sur la vie et l’œuvre de Smith est remarquable. Il réussit le tour de force de présenter une biographie concise et une vue d’ensemble de sa contribution intellectuelle en un peu plus d’une trentaine de pages.

Smith observe et décrit l’économie britannique au dix-huitième siècle, avant l’avènement de la révolution industrielle, révolution teintée en particulier d’abus marqués envers les travailleurs. Il a consacré douze ans de sa vie à rédiger les centaines de pages de « The Wealth of Nations ».

Bien des concepts comme l’économie de marché, la concurrence et le laissez-faire font partie de l’analyse économique avant Smith. Sa contribution originale, selon Heilbroner, a été de présenter une vision d’ensemble :

« …the great panorama of the market remains as a major achievement. To be sure, Smith did not discover the market ; others had preceded him in pointing how the interaction of self-interest and competition brought about the provision of society. But Smith was the first to understand the full philosophy of action that such a conception demanded, the first to formulate the entire scheme in a wide and systematic fashion. He was the man who made England, and then the whole western world, understand just how the market kept society together, and the first to build an edifice of social order on the understanding he achieved. »

« Indeed, The Wealth of Nations and The Theory of Moral Sentiments, together with his few other essays, reveal that Smith was much more than just an economist. He…conceived a vision that included human motives and historic stages and economic mechanisms…From this viewpoint, The Wealth of Nations is more than a master work of political economy.  It is part of a huge conception of the human adventure itself. »

Schumpeter

Adam Smith est parmi les auteurs les plus cités de l’histoire de l’analyse économique de Schumpeter. Il y souligne sa contribution à l’évolution des connaissances. Il se distingue en faisant largement état de là où le temps et les analyses ont donné raison à Smith, et de là où les remises en question et les critiques ont pu démontrer qu’il avait tort. Des commentaires et des critiques sur l’œuvre de Smith « …sont éparpillés dans tous les traités économiques et les travaux du XIXe siècle; ce sont eux qui constituent le véritable monument à la gloire de Smith, l’économiste scientifique. », scientifique qui toutefois « …n’aimait guère ce qui allait au-delà du simple bon sens. », toujours selon cet auteur.

Preuve de l’attrait de l’œuvre de Smith, Schumpeter indique que, déjà avant la fin du dix-huitième siècle, The Wealth of Nations avait connu neuf éditions anglaises, sans compter celles publiées en Irlande et aux États-Unis, et elle avait été traduite en danois, en flamand, en français, en allemand, en italien et en espagnol. S’ajouta une version en russe au début du siècle suivant.

Smith devint en quelque sorte le professeur des professeurs, selon Schumpeter. Il constituait le point de départ de leur enseignement, même de ceux dont la contribution allait, ultérieurement, à certains égards, au-delà de celle du grand maître.

En somme, Smith observe, il décrit, il analyse et il conçoit des lois de la nature, tout en s’inspirant des écrits de ceux qui l’ont précédé. Son œuvre est dense et nuancée, ce qui laisse place à bien des interprétations en fonction des intérêts particuliers de ceux qui en font une lecture tronquée. Il s’abstient, aussi, de jouer au prophète, contrairement à Karl Marx au dix-neuvième siècle.

P.S. : Les paragraphes qui précèdent ne sont qu’un commentaire de lecture. Ils ne donnent qu’un bien mince aperçu du contenu des trois sources mentionnées ci-dessous.

Pauchant, Thierry C. « Adam Smith, l’antidote ultime au capitalisme Sa théorie du capabilisme ». Dunod, 2023. 169 pages

Heilbroner, Robert L. « The Wordly Philosophers » chapître intitulé « The Wonderful World of Adam Smith ». Simon & Schuster, 1999 (7ième édition). Pages 42 à 74.

Schumpeter, Joseph Alois. « Histoire de l’analyse économique ». Éditions Gallimard, 1983. Trois tomes, plus de 1 600 pages. (La version originale en anglais a été publiée en 1954.)

samedi 22 juin 2024

Économie du Québec : retour de la croissance en 2024 et en 2025

 Après une stagnation en 2023, l'économie québécoise devrait retrouver le chemin de la croissance en 2024 et en 2025. Son PIB réel devrait progresser de 0,7 % cette année et de 1,5 % l'an prochain, selon les Prévisions économiques et financières de Desjardins publiées le 20 juin.

D'ailleurs, l'Indice précurseur Desjardins « s’accélère et pointe vers une relance de l’économie du Québec », selon Hélène Bégin, économiste chez cette institution financière.

dimanche 28 janvier 2024

États-Unis : l'expansion de l'économie se poursuit

 Le PIB réel des États-Unis a progressé de 0,8 % (3,3 % en rythme annualisé) au quatrième trimestre de l'an dernier. Il a crû de 2,5 % pour l'ensemble de 2023, selon l'estimation préliminaire du Bureau of Economic Analysis.

Les données préliminaires  des enquêtes mensuelles de S&P Global auprès des gestionnaires d'approvisionnement des entreprises (PMI), pour janvier, indiquent que l'expansion continue, en raison, en particulier, de la bonne tenue des industries de services.

Toutefois, l'indice des indicateurs précurseurs  de l'évolution de l'économie du Conference Board laisse présager l'imminence d'une récession pour un vingtième mois de suite. La question se pose quant à la fiabilité, pourtant reconnue depuis longtemps, de cet indice ces temps-ci. Un article de Jason Kirby et Matt Lundy, publié le 29 décembre dernier, en page B-3 du Globe and Mail, est particulièrement intéressant à cet égard. 

Mise à jour du 17 février

Les 34 prévisionnistes, consultés par la Réserve fédérale de Philadelphie, prévoient une croissance de 2,4 % du PIB réel (médiane des prévisions) des États-Unis en 2024. L'estimation précédente était à 1,7 %.


 



 

dimanche 9 juillet 2023

États-Unis : l'expansion continue, mais le scénario d'une récession n'est pas écarté

 L'Indice des indicateurs avancés  de l'évolution de l'économie américaine du Conference Board était, en mai dernier, en baisse pour un quatorzième mois consécutif. Selon les économistes de cette organisation, il s'agit, depuis plusieurs mois, d'un signal de l'imminence d'une récession. 

Pourtant, l'expansion de l'économie américaine, amorcée au lendemain de la récession de la pandémie, suit son cours. La création nette d'emplois a continué de progresser en juin dernier. Les enquêtes mensuelles auprès des gestionnaires d'approvisionnement des entreprises privées (PMI) indiquaient, encore en juin, que l'économie poursuit son expansion. En outre, les commandes obtenues par les entreprises laissent croire qu'il en est de même en juillet.

La fiabilité de l'indice des indicateurs avancés, établie depuis longtemps, soulève des interrogations ces temps-ci, puisque la récession anticipée depuis bien des mois ne se matérialise pas. Peut-être est-ce parce qu'il est moins bien adapté à une situation où la fabrication se contracte, alors que les services continuent de progresser à un bon rythme. Quoi qu'il en soit, les analystes du Conference Board prévoient l'occurrence d'une récession au cours de ce semestre-ci, et elle se poursuivrait jusqu'au premier trimestre de 2024.

Communiqué du 22 juin dernier sur l'Indice des indicateurs avancés du Conference Board  

Communiqué du 7 juillet du Bureau of Labor Statistics sur l'emploi

S&P Global US Composite PMI, July 6


dimanche 16 avril 2023

Économie mondiale : perspectives à court terme, selon le FMI

 Lutte à l'inflation, perturbations financières, tensions géopolitiques, dont l'invasion russe en Ukraine, et reliquats de trois ans de pandémie pèsent sur les perspectives économiques à court terme, selon le Fonds monétaire international (FMI). En 2023, les pays émergents et en développement, pris comme un tout, pourraient connaitre une progression de 3,9 % de leur production et les pays avancés de seulement 1,3 %. Il en résulterait une croissance de 2,8 % du PIB réel mondial, toujours selon le FMI. En 2024, il y aurait une modeste amélioration, la croissance mondiale étant estimée, pour l'instant, à 3,0 %.

Lien vers les Perspectives de l'économie mondiale, publiées en avril 2023

dimanche 19 mars 2023

Les risques de récession aux États-Unis

 Les risques de récession sont encore bien présents aux États-Unis, selon les indicateurs précurseurs de l'évolution de l'économie de ce pays. En effet, l'indice des indicateurs avancés du Conference Board s'est de nouveau inscrit en baisse en février dernier, d'après les données publiées le 17 mars par cet organisme. Huit des dix indicateurs de cet indice étaient en baisse ou au neutre le mois dernier.

dimanche 5 mars 2023

« Le pouvoir de la destruction créatrice » de Philippe Aghion, Céline Antonin et Simon Bunel

 

Joseph A. Schumpeter a décrit ainsi « Le processus de destruction créatrice » : le capitalisme n’est pas que concurrence;  « nous avons affaire à un processus d’évolution » où les éléments existants sont détruits par la création de neufs sur les plans de la consommation, de la production, du transport, de l’ouverture de marchés, de l’organisation industrielle, etc. « Ce processus de Destruction créatrice constitue la donnée fondamentale du capitalisme…».[1] L’innovation est l’assise de ce processus. Elle est le « perennial gale of creative destruction ». L’entrepreneur innovant était d’ailleurs au cœur de la Théorie du développement économique de Schumpeter.[2]

Schumpeter a énoncé en sept pages sa conception du processus de destruction créatrice en économie. Dans leur livre, Aghion, Antonin et Bunel ont consacré près de 400 pages à la validation du modèle schumpétérien de la croissance par l’innovation. Ils l’ont examiné de multiples angles, comme la concurrence, l’emploi, le chômage, l’industrialisation, la finance, le rattrapage des pays riches par les pays pauvres, les inégalités, l’environnement, la santé et le bonheur. Leur livre abonde en exemples pour faciliter au lecteur la compréhension des diverses facettes de la destruction créatrice. Aussi,  ils  préfèrent nettement le modèle schumpétérien à celui néoclassique de Robert Solow de la croissance fondée sur l’accumulation du capital.

Par ailleurs, les auteurs insistent sur les liens essentiels entre marché, État et société civile ainsi qu’à l’importance de mieux « réguler » le capitalisme, plutôt que de chercher à le « dépasser », pour maximiser les retombées de l’innovation sur la prospérité à long terme.

En guise de conclusion, voici un extrait de leur livre : « Le pouvoir de la destruction créatrice réside avant tout dans sa formidable capacité à générer de la croissance. C’est bien la destruction créatrice qui a hissé nos sociétés à des niveaux de prospérité inimaginables il y a à peine deux cents ans. Le défi est alors de mieux appréhender les ressorts de ce pouvoir pour ensuite l’orienter dans la direction que l’on souhaite. » (page 10)



[1] Schumpeter, Joseph Alois. « Capitalisme, socialisme et démocratie ». Payot, 1972. Pages 113 à 120.

[2] Heilbroner, Robert L. « The worldly philosophers : The lives, times, and ideas of the great economic thinkers ». Simon & Schuster, 7ième edition. Pages 288 à 310. 



 

Aghion, Philippe et al. « Le pouvoir de la destruction créatrice ». Éditions Odile Jacob, 2020. 396 pages.