samedi 19 septembre 2026

John Maynard Keynes selon Heilbroner

 

Keynes était particulièrement brillant. Heilbroner le décrit comme étant un « phénomène » aux multiples talents et domaines d’intérêt. Il écrit que Marx s’est acharné au dix-neuvième siècle à démontrer que le capitalisme était voué à l’échec. Keynes, durant la première moitié du vingtième, a été, selon lui, l’architecte de sa viabilité et de sa capacité à se reconstruire.

Heilbroner réussit le tour de force de présenter en une quarantaine de pages la vie et la contribution de Keynes. Limitons-nous ici à référer à quelques faits saillants.

Plusieurs personnes de bon jugement, selon Roy Harrod son premier biographe, « … have declared that Keynes contributed more to winning the war (1914-1918) than any other person in public life. » page 257 Toutefois, comme d’autres, il a critiqué le Traité de Versailles puisqu’il portait les germes de ce qui deviendra la guerre mondiale de 1939-1945.

La Grande Dépression des années 1930 qui suivit « l’exubérance irrationnelle » de la deuxième moitié des années 1920 contribua vraisemblablement le plus à la pensée et à la notoriété de Keynes. Le modèle économique de base ne tenait plus. L’épargne étant disparue, comment stimuler une éventuelle reprise, en particulier l’investissement?

Dans sa « General Theory of Employment, Interest and Money », Keynes proposa les dépenses publiques comme levier. Il y a eu aux États-Unis un exemple d’effort à cet égard, bien qu’insuffisant, au début des années 1930. Finalement, l’effort de guerre apporta l’impulsion nécessaire à une expansion économique durable.  

À l’époque, l’idée d’utiliser la politique monétaire pour stimuler l’économie n’avait pas encore fait son chemin. Au contraire, la Réserve fédérale des États-Unis s’inquiétait davantage d’une résurgence de l’inflation que de la dégradation du marché de l’emploi (page 276).

Malgré sa santé déclinante, Keynes fut l’un des architectes du nouvel ordre économique mondial qui se dessina durant les derniers moments de la guerre mondiale de 1939-1945. À Bretton Woods, on jeta les bases du Fonds monétaire international (FMI), de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement, devenue plus tard la Banque mondiale, et du projet mort-né d’Organisation internationale du Commerce, dont on ne retenut pour quelques décennies que l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce, le GATT, devenu, depuis 1995, l’un des Accords de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC).

Dans son Histoire del’analyse économique, Joseph Aloys Schumpeter, lui comme d’autres d’ailleurs, critiqua la Théorie générale de Keynes :

« …on ne semble pas avoir réalisé combien son modèle était strictement un modèle de court terme et l’importance que revêt ce fait pour la structure d’ensemble et les résultats de la Théorie Générale. La restriction déterminante tient à ce que non seulement les fonctions et les méthodes de production ne sont pas soumises au changement, mais également la quantité et la qualité des installations. » (Tome 3, page 581)

Aux critiques de sa Théorie, Keynes offrit sa célèbre réplique « In the long run, we are all dead. »

Enfin, dans un texte publié en juin dernier par le FMI, Robert Skidelsky, biographe de Keynes, nous invite à revoir « Les enseignements de Keynes pour notre temps». Selon lui, « La philosophie morale de Keynes et son acceptation de l’incertitude peuvent guider l’économie, la finance et les marchés portés par l’IA d’aujourd’hui. »

 

Source : Heilbroner, Robert L. « The Worldly Philosophers - The Lives, Times, and Ideas of the Great Economic Thinkers ». 7ième édition révisée, Simon & Schuster, 1999. Pages 248 à 287.

 

dimanche 12 juillet 2026

Été 2026 : l'économie mondiale semble résiliente, malgré le contexte géopolitique

 Le FMI a publié le 8 juillet sa mise à jour des  Perspectives de l'économie mondiale . Son message principal : la croissance est encore au rendez-vous, bien que modeste et inégale selon les régions du monde. Elle est soutenue par les investissements en technologie (intelligence artificielle), ce qui vient compenser les conséquences ou les disruptions de la guerre au Moyen-Orient. Ses économistes y prévoient une croissance de 3,0 % du PIB mondial en 2026, et une progression de l'inflation plus forte qu'anticipée, soit 4,7 %. Un encadré des Perspectives porte sur la stabilité financière dans le monde. On y indique que « Les bons résultats des entreprises et la résilience de l'économie mondiale ont contribué à protéger le système financier des répercussions du conflit au Moyen-Orient.» 

dimanche 7 juin 2026

L'économie canadienne est-elle en récession?

 Il est trop tôt pour répondre à cette question, selon le Comité sur les cycles économiques de l'Institut  C.D. Howe. La baisse cumulative du PIB réel au cours des deux derniers trimestres (T4 de 2025 et T1 de 2026) est de très faible ampleur selon ce comité, et elle est sujette à révision. En examinant aussi la portée du ralentissement et l'évolution de l'emploi, un diagnostic de récession serait donc nettement prématuré.

Lien vers le rapport du Conseil sur les cycles économiques


jeudi 4 juin 2026

Coup d'oeil à l'économie mondiale, mai 2026

 En mai, l'économie mondiale a poursuivi son expansion, bien qu'à un rythme plutôt modeste, selon les résultats mensuels des enquêtes auprès des gestionnaires d'approvisionnement des entreprises (PMI).

Lien vers le communiqué du 3 juin de S&P Global

Par ailleurs, l'OCDE a publié le 3 juin ses plus récentes Perspectives économiques. Ses économistes ont révisé à la baisse leurs projections de croissance de l'économie mondiale, principalement en raison du contexte géopolitique. Le PIB mondial ne croîtrait que de 2,8 % en 2026, alors que leur estimation antérieure était à 3,4 %. 

mardi 2 juin 2026

Stabilité financière au Canada : état des lieux selon la Banque du Canada

 La Banque du Canada a publié, le 28 mai dernier, son « Rapport sur la stabilité financière ». 

Elle y indique que « Dans l’ensemble, le système financier canadien a bien fonctionné malgré une année difficile. La situation financière des ménages et des entreprises reste stable, et les banques ont renforcé leur capacité à absorber les chocs.

Certaines parties du système présentent toutefois des vulnérabilités accrues. Les valorisations des actions et des titres de créance des sociétés ont augmenté et sont élevées par rapport aux normes historiques. Cela rend les marchés plus vulnérables à une correction marquée. »

Pour plus de précisions sur l'évaluation annuelle de la Banque du système financier canadien cliquez sur : Rapport sur la stabilité financière

mardi 7 avril 2026

En mars dernier, ralentissement marqué de l'expansion de l'économie mondiale

 Les résultats des enquêtes mensuelles auprès des gestionnaires d'approvisionnement des entreprises (PMI) indiquent un net ralentissement de la progression de l'économie mondiale en mars par rapport aux mois précédents. Seule raison, sans surprise, la guerre au Moyen-Orient!

Lien vers le communiqué du 7 avril de S&P Global

Le FMI publiera le 14 avril ses « Perspectives de l'économie mondiale ». L'incertitude et la volatilité engendrées par le contexte géopolitique rendent, à ses économistes, la tâche de prévoir particulièrement difficile ces temps-ci.

mercredi 4 février 2026

Coup d'oeil à l'économie mondiale : février 2026

 L'économie mondiale a poursuivi son expansion en janvier dernier, selon les résultats des plus récentes enquêtes mensuelles auprès des gestionnaires d'approvisionnement des entreprises publiés par S&P Global le 4 février. La production, les nouvelles commandes et les emplois étaient de nouveau en progression le mois dernier.

Lien vers le communiqué de S&P Global

Rappelons qu'en janvier dernier, le FMI a révisé à la hausse sa prévision de croissance de l'économie mondiale en 2026 la faisant passer de 3,1 % à 3,3 %.

Lien vers la publication du 19 janvier du FMI

dimanche 14 décembre 2025

Une économie mondiale résiliente, malgré le protectionnisme américain et l'incertitude

 Tant l'OCDE que la Banque du Canada ont récemment souligné la résilience de l'économie mondiale en cette fin d'année 2025. Cette évaluation est corroborée par les résultats des plus récentes enquêtes mensuelles auprès des gestionnaires d'approvisionnement des entreprises (PMI). L'OCDE signale toutefois que l'économie mondiale est de plus en plus fragile pour diverses raisons.

Communiqué de la Banque du Canada du 10 décembre 2025 

Perspectives économiques de l'OCDE, 2 décembre 2025

J P Morgan Global Composite PMI, 3 décembre 2025


dimanche 10 août 2025

Les économistes peuvent-ils faire mieux?

Dans un article récent intitulé « Comment les économistes peuvent prétendre à nouveau jouer un rôle stratégique », Karen Dynan propose quatre actions pour y arriver :  « reconnaître ses erreurs et en tirer les enseignements, être à l’écoute des préoccupations des citoyens, respecter des normes d’intégrité des données et communiquer plus efficacement avec la classe politique et la population ». Ces moyens vont de soi, mais il semble important de les rappeler, ce que fait particulièrement bien Mme Dynan.

Voici, selon moi, trois exemples concrets d'améliorations possibles dans les communications des économistes : laisser tomber la définition dite technique de récession (au moins deux trimestres consécutifs de contraction du PIB réel) pour adopter celle reconnue par les spécialistes (baisse importante de l'activité en se basant sur sa durée, son ampleur et sa portée), cesser de parler de croissance négative quand il s'agit de diminution de l'activité économique, ne plus utiliser des données mensuelles ou trimestrielles annualisées.

Référence : FMI, Finance & Développement, Juin 2025

lundi 9 juin 2025

Coup d'oeil à l'économie mondiale, juin 2025

 Bien que modestement, l'économie mondiale était en expansion en mai dernier et ce, pour un 28ième mois consécutif, selon le J.P. Morgan Global Composite PMI publié le 5 juin par S&P Global.

En outre, l'OCDE prévoit une croissance réelle de 2,9 % du PIB mondial en 2025 et l'année suivante, soit un rythme de progression inférieur à celui de 2024 (3,3 %), selon ses plus récentes projections publiées le 3 juin. L'incertitude liée à la politique commerciale expliquerait ce ralentissement. Fin avril dernier, le FMI révisait, lui aussi, à la baisse ses prévisions pour cette année (2,8 %) et l'an prochain (3,0 %). Ses économistes signalent l'intensification de risques à la baisse.