samedi 8 février 2025

Coup d'oeil à l'économie mondiale, février 2025

 En janvier dernier, l'économie mondiale poursuivait son expansion, mais à un rythme moins soutenu qu'auparavant, selon les résultats des enquêtes auprès des gestionnaires d'approvisionnement (PMI), publiées le 5 février par J.P. Morgan et S&P Global. 

Selon Pierre-Olivier Gourinchas du FMI, l'économie mondiale devrait croître de 3,3 % cette année et en 2026, soit à un rythme semblable à son potentiel estimé. Il signale que « Même si les perspectives de la croissance mondiale restent globalement inchangées par rapport à octobre dernier, les disparités entre les pays s'accentuent. » 

Sans surprise, l'incertitude quant à l'évolution à court terme de l'économie mondiale demeure élevée à maints égards, en particulier sur le plan de la politique commerciale.

dimanche 8 septembre 2024

Adam Smith (1723-1790), selon Pauchant, Heilbroner et Schumpeter

 

Adam Smith est le « …. père fondateur de l’économie politique », selon Thierry C. Pauchant. « …Smith was much more than just an economist. He was a philosopher-psychologist-historian-sociologist who conceived a vision… », selon Robert L. Heilbroner. Il est le « … personnage le plus fameux de tous les économistes… », même si « l’économie n’était qu’une partie de son œuvre », selon Joseph A. Schumpeter.

Examinons ici de façon succincte ce que ces trois auteurs retiennent de particulier dans leur analyse des écrits de Smith.

Pauchant

Ce grand personnage serait « l’antidote ultime au capitalisme », selon Pauchant. Cet auteur insiste sur la falsification de la pensée de Smith par, entre autres, des intégristes du laissez-faire. Il met en évidence l’importance que Smith accorde à ce que l’économie offre des revenus ou des moyens de subsistance au peuple et de quoi rendre les citoyens capables de développer leurs talents, leurs projets et d’atteindre leurs objectifs personnels ou sociaux.

L’État est loin d’être exclu de la pensée de Smith : il préconise de lui donner des moyens suffisants d’assurer les services publics, services qui vont « … bien au-delà de la défense nationale et de l’administration de la justice. » Ce qu’il est convenu d’appeler de nos jours l’économie sociale occuperait une place de choix dans les écrits de Smith.

Aussi, Smith était « … résolument contre l’impérialisme, le colonialisme et l’esclavagisme. », toujours selon l’analyse de Pauchant.

Enfin, le « capabilisme », inspiré des écrits de Smith, retiendrait l’attention de bien des auteurs ces années-ci, dont Pauchant qui en fait un thème majeur de son essai.

Heilbroner

L’esprit de synthèse de Heilbroner sur la vie et l’œuvre de Smith est remarquable. Il réussit le tour de force de présenter une biographie concise et une vue d’ensemble de sa contribution intellectuelle en un peu plus d’une trentaine de pages.

Smith observe et décrit l’économie britannique au dix-huitième siècle, avant l’avènement de la révolution industrielle, révolution teintée en particulier d’abus marqués envers les travailleurs. Il a consacré douze ans de sa vie à rédiger les centaines de pages de « The Wealth of Nations ».

Bien des concepts comme l’économie de marché, la concurrence et le laissez-faire font partie de l’analyse économique avant Smith. Sa contribution originale, selon Heilbroner, a été de présenter une vision d’ensemble :

« …the great panorama of the market remains as a major achievement. To be sure, Smith did not discover the market ; others had preceded him in pointing how the interaction of self-interest and competition brought about the provision of society. But Smith was the first to understand the full philosophy of action that such a conception demanded, the first to formulate the entire scheme in a wide and systematic fashion. He was the man who made England, and then the whole western world, understand just how the market kept society together, and the first to build an edifice of social order on the understanding he achieved. »

« Indeed, The Wealth of Nations and The Theory of Moral Sentiments, together with his few other essays, reveal that Smith was much more than just an economist. He…conceived a vision that included human motives and historic stages and economic mechanisms…From this viewpoint, The Wealth of Nations is more than a master work of political economy.  It is part of a huge conception of the human adventure itself. »

Schumpeter

Adam Smith est parmi les auteurs les plus cités de l’histoire de l’analyse économique de Schumpeter. Il y souligne sa contribution à l’évolution des connaissances. Il se distingue en faisant largement état de là où le temps et les analyses ont donné raison à Smith, et de là où les remises en question et les critiques ont pu démontrer qu’il avait tort. Des commentaires et des critiques sur l’œuvre de Smith « …sont éparpillés dans tous les traités économiques et les travaux du XIXe siècle; ce sont eux qui constituent le véritable monument à la gloire de Smith, l’économiste scientifique. », scientifique qui toutefois « …n’aimait guère ce qui allait au-delà du simple bon sens. », toujours selon cet auteur.

Preuve de l’attrait de l’œuvre de Smith, Schumpeter indique que, déjà avant la fin du dix-huitième siècle, The Wealth of Nations avait connu neuf éditions anglaises, sans compter celles publiées en Irlande et aux États-Unis, et elle avait été traduite en danois, en flamand, en français, en allemand, en italien et en espagnol. S’ajouta une version en russe au début du siècle suivant.

Smith devint en quelque sorte le professeur des professeurs, selon Schumpeter. Il constituait le point de départ de leur enseignement, même de ceux dont la contribution allait, ultérieurement, à certains égards, au-delà de celle du grand maître.

En somme, Smith observe, il décrit, il analyse et il conçoit des lois de la nature, tout en s’inspirant des écrits de ceux qui l’ont précédé. Son œuvre est dense et nuancée, ce qui laisse place à bien des interprétations en fonction des intérêts particuliers de ceux qui en font une lecture tronquée. Il s’abstient, aussi, de jouer au prophète, contrairement à Karl Marx au dix-neuvième siècle.

P.S. : Les paragraphes qui précèdent ne sont qu’un commentaire de lecture. Ils ne donnent qu’un bien mince aperçu du contenu des trois sources mentionnées ci-dessous.

Pauchant, Thierry C. « Adam Smith, l’antidote ultime au capitalisme Sa théorie du capabilisme ». Dunod, 2023. 169 pages

Heilbroner, Robert L. « The Wordly Philosophers » chapître intitulé « The Wonderful World of Adam Smith ». Simon & Schuster, 1999 (7ième édition). Pages 42 à 74.

Schumpeter, Joseph Alois. « Histoire de l’analyse économique ». Éditions Gallimard, 1983. Trois tomes, plus de 1 600 pages. (La version originale en anglais a été publiée en 1954.)

samedi 22 juin 2024

Économie du Québec : retour de la croissance en 2024 et en 2025

 Après une stagnation en 2023, l'économie québécoise devrait retrouver le chemin de la croissance en 2024 et en 2025. Son PIB réel devrait progresser de 0,7 % cette année et de 1,5 % l'an prochain, selon les Prévisions économiques et financières de Desjardins publiées le 20 juin.

D'ailleurs, l'Indice précurseur Desjardins « s’accélère et pointe vers une relance de l’économie du Québec », selon Hélène Bégin, économiste chez cette institution financière.

dimanche 28 janvier 2024

États-Unis : l'expansion de l'économie se poursuit

 Le PIB réel des États-Unis a progressé de 0,8 % (3,3 % en rythme annualisé) au quatrième trimestre de l'an dernier. Il a crû de 2,5 % pour l'ensemble de 2023, selon l'estimation préliminaire du Bureau of Economic Analysis.

Les données préliminaires  des enquêtes mensuelles de S&P Global auprès des gestionnaires d'approvisionnement des entreprises (PMI), pour janvier, indiquent que l'expansion continue, en raison, en particulier, de la bonne tenue des industries de services.

Toutefois, l'indice des indicateurs précurseurs  de l'évolution de l'économie du Conference Board laisse présager l'imminence d'une récession pour un vingtième mois de suite. La question se pose quant à la fiabilité, pourtant reconnue depuis longtemps, de cet indice ces temps-ci. Un article de Jason Kirby et Matt Lundy, publié le 29 décembre dernier, en page B-3 du Globe and Mail, est particulièrement intéressant à cet égard. 

Mise à jour du 17 février

Les 34 prévisionnistes, consultés par la Réserve fédérale de Philadelphie, prévoient une croissance de 2,4 % du PIB réel (médiane des prévisions) des États-Unis en 2024. L'estimation précédente était à 1,7 %.


 



 

dimanche 9 juillet 2023

États-Unis : l'expansion continue, mais le scénario d'une récession n'est pas écarté

 L'Indice des indicateurs avancés  de l'évolution de l'économie américaine du Conference Board était, en mai dernier, en baisse pour un quatorzième mois consécutif. Selon les économistes de cette organisation, il s'agit, depuis plusieurs mois, d'un signal de l'imminence d'une récession. 

Pourtant, l'expansion de l'économie américaine, amorcée au lendemain de la récession de la pandémie, suit son cours. La création nette d'emplois a continué de progresser en juin dernier. Les enquêtes mensuelles auprès des gestionnaires d'approvisionnement des entreprises privées (PMI) indiquaient, encore en juin, que l'économie poursuit son expansion. En outre, les commandes obtenues par les entreprises laissent croire qu'il en est de même en juillet.

La fiabilité de l'indice des indicateurs avancés, établie depuis longtemps, soulève des interrogations ces temps-ci, puisque la récession anticipée depuis bien des mois ne se matérialise pas. Peut-être est-ce parce qu'il est moins bien adapté à une situation où la fabrication se contracte, alors que les services continuent de progresser à un bon rythme. Quoi qu'il en soit, les analystes du Conference Board prévoient l'occurrence d'une récession au cours de ce semestre-ci, et elle se poursuivrait jusqu'au premier trimestre de 2024.

Communiqué du 22 juin dernier sur l'Indice des indicateurs avancés du Conference Board  

Communiqué du 7 juillet du Bureau of Labor Statistics sur l'emploi

S&P Global US Composite PMI, July 6


dimanche 16 avril 2023

Économie mondiale : perspectives à court terme, selon le FMI

 Lutte à l'inflation, perturbations financières, tensions géopolitiques, dont l'invasion russe en Ukraine, et reliquats de trois ans de pandémie pèsent sur les perspectives économiques à court terme, selon le Fonds monétaire international (FMI). En 2023, les pays émergents et en développement, pris comme un tout, pourraient connaitre une progression de 3,9 % de leur production et les pays avancés de seulement 1,3 %. Il en résulterait une croissance de 2,8 % du PIB réel mondial, toujours selon le FMI. En 2024, il y aurait une modeste amélioration, la croissance mondiale étant estimée, pour l'instant, à 3,0 %.

Lien vers les Perspectives de l'économie mondiale, publiées en avril 2023

dimanche 19 mars 2023

Les risques de récession aux États-Unis

 Les risques de récession sont encore bien présents aux États-Unis, selon les indicateurs précurseurs de l'évolution de l'économie de ce pays. En effet, l'indice des indicateurs avancés du Conference Board s'est de nouveau inscrit en baisse en février dernier, d'après les données publiées le 17 mars par cet organisme. Huit des dix indicateurs de cet indice étaient en baisse ou au neutre le mois dernier.

dimanche 5 mars 2023

« Le pouvoir de la destruction créatrice » de Philippe Aghion, Céline Antonin et Simon Bunel

 

Joseph A. Schumpeter a décrit ainsi « Le processus de destruction créatrice » : le capitalisme n’est pas que concurrence;  « nous avons affaire à un processus d’évolution » où les éléments existants sont détruits par la création de neufs sur les plans de la consommation, de la production, du transport, de l’ouverture de marchés, de l’organisation industrielle, etc. « Ce processus de Destruction créatrice constitue la donnée fondamentale du capitalisme…».[1] L’innovation est l’assise de ce processus. Elle est le « perennial gale of creative destruction ». L’entrepreneur innovant était d’ailleurs au cœur de la Théorie du développement économique de Schumpeter.[2]

Schumpeter a énoncé en sept pages sa conception du processus de destruction créatrice en économie. Dans leur livre, Aghion, Antonin et Bunel ont consacré près de 400 pages à la validation du modèle schumpétérien de la croissance par l’innovation. Ils l’ont examiné de multiples angles, comme la concurrence, l’emploi, le chômage, l’industrialisation, la finance, le rattrapage des pays riches par les pays pauvres, les inégalités, l’environnement, la santé et le bonheur. Leur livre abonde en exemples pour faciliter au lecteur la compréhension des diverses facettes de la destruction créatrice. Aussi,  ils  préfèrent nettement le modèle schumpétérien à celui néoclassique de Robert Solow de la croissance fondée sur l’accumulation du capital.

Par ailleurs, les auteurs insistent sur les liens essentiels entre marché, État et société civile ainsi qu’à l’importance de mieux « réguler » le capitalisme, plutôt que de chercher à le « dépasser », pour maximiser les retombées de l’innovation sur la prospérité à long terme.

En guise de conclusion, voici un extrait de leur livre : « Le pouvoir de la destruction créatrice réside avant tout dans sa formidable capacité à générer de la croissance. C’est bien la destruction créatrice qui a hissé nos sociétés à des niveaux de prospérité inimaginables il y a à peine deux cents ans. Le défi est alors de mieux appréhender les ressorts de ce pouvoir pour ensuite l’orienter dans la direction que l’on souhaite. » (page 10)



[1] Schumpeter, Joseph Alois. « Capitalisme, socialisme et démocratie ». Payot, 1972. Pages 113 à 120.

[2] Heilbroner, Robert L. « The worldly philosophers : The lives, times, and ideas of the great economic thinkers ». Simon & Schuster, 7ième edition. Pages 288 à 310. 



 

Aghion, Philippe et al. « Le pouvoir de la destruction créatrice ». Éditions Odile Jacob, 2020. 396 pages.

samedi 4 février 2023

Coup d'oeil à l'économie américaine : février 2023

 Le rythme de progression de l'emploi continue de surprendre aux États-Unis. La production, quant à elle, a connu un bon deuxième semestre l'an dernier, après une contraction de l'activité au premier. Le PIB réel était d'ailleurs, en fin d'année, nettement plus élevé qu'à la fin de 2021.

En janvier dernier toutefois, l'activité dans le secteur privé se serait contractée tant dans la fabrication que les services, selon les enquêtes auprès des gestionnaires d'approvisionnement de S&PGlobal.

Quant aux indicateurs avancés du Conference Board, ils envoient de nouveau des signaux de récession au cours des prochains mois.

Emploi : données du Bureau of Labor Statistics

PIB : données du Bureau of Economic Analysis

Communiqué du 3 février de S&PGlobal

Communiqué du Conference Board concernant les indicateurs avancés


mardi 13 décembre 2022

Québec, ralentissement suivi d'une reprise en 2023

 L'Indice précurseur Desjardins laisse présager une «détérioration importante » de l'économie québécoise au cours des mois à venir. Les économistes de cette institution financière prévoient toutefois une contraction de seulement 0,2 % du PIB l'an prochain dans leurs Prévisions économiques et financières publiées le 12 décembre, ce qui laisse croire qu'il y aura reprise, bien que « timide », au deuxième semestre de 2023. Leur projection pour 2022 est à 2,9 %.

Le ministère des Finances du Québec prévoit plutôt une croissance de 3,1 % cette année et de 0,7 % en 2023, selon sa Mise à jour économique et financière publiée le 8 décembre.